Travailler plus : statistiques
Voici un article à lire. Parce qu'il a le mérite de remettre les pendules à l'heure.
Oui, il y a de nombreuses personnes qui veulent travailler en France. Mais avant de dire qu'elles veulent travailler plus, une partie d'entre elles devraient avoir un emploi. Et une certaine stabilité, car qui voudrait s'impliquer dans une boîte quand il ou elle sait que c'est pour un, deux ou six mois ? Et quand bien même on lui ferait miroiter un contrat long ensuite, sur quelles bases devra-t-il/elle négocier ? Celles de 35 heures ou celles du minimum + heures supp' "incluses" ?
Ce qui m'étonne c'est que les cadres, par exemple, subissent un régime où leurs heures ne sont pas comptées. Alors, veulent-ils travailler plus ? J'invite ceux et celles qui seraient surpris par une telle information à la vérifier par le biais d'une recherche sur le statut des cadres. Les différents sondages que j'ai pu lire étaient loin d'annoncer qu'ils oeuvrent 35 heures par semaine.
Et les artisans et commerçants ? Un gérant d'auto-école me confiait, un jour où je lui posais la question : "les 35 heures, ouais, je les fais en 3 jours". Veut-il travailler plus alors qu'il est en activité 6 jours sur 7 ? Qu'il a une famille, un enfant ? Je ne doute pas que certaines personnes aient envie de gagner un salaire plus important. Mais les heures supplémentaires sont-elles une réponse adaptée ? Est-elle appropriée à tous les salariés ? Je renvois pour le coup vers les fonctionnaires et leur statut. Si un fonctionnaire veut gagner plus d'argent, il peut passer un concours interne. Il fera parfois les mêmes tâches, n'aura aucune responsabilité supplémentaire puisqu'il restera dans la même tranche mais un échelon au-dessus. Et aura un bonus dont ne disposera pas son collègue, qui lui fournit des prestations strictement similaires mais n'a pas réussit le concours ou ne l'a pas présenté. Pour contrebalancer cette vue un peu brusque, je rappelle aussi que ces personnes ne discutent pas de leur augmentation chaque année : leur salaire est indexé sur une grille. Et que dire des vacataires et des situations qu'ils rencontrent...
Ce qui me choque, c'est de dire "on veut travailler plus (sous-entendu : parce qu'on ne le peut pas)". Je n'ai jamais rencontré, où que j'ai été employée, de dirigeant qui ait refusé que je fasse des heures supplémentaires. Quand je discute autours de moi, personne ne me contredit. Pas même ceux et celles qui sont employées et qui pointent. Parce qu'il est encore possible, malgré ce système, de réguler ses heures (on appelle ça "lisser"). Il se peut que dans certaines entreprises ces questions se posent. Mais la véritable interrogation, à mon sens, n'est pas de savoir si on peut travailler plus, mais quelle valeur ont ces heures. Je m'explique. Chacun d'entre nous est habitué à un rythme de travail, auquel s'ajoute un rythme de vie. Il y a des obligations pour chacun d'entre nous, plus ou moins importantes selon les situations. Et il existe des relais plus ou moins évident (partage des tâches dans les couples et les colocations, aides à la personnes, sous-traitance de sa lessive, son repassage, ses courses etc). Quoi qu'il en soit, finir plus tard ou commencer plus tôt, réduire ou ne pas prendre sa pause déjeuner revient à modifier cet ordre des choses. Donc, en somme, à destructurer un rythme préétabli. Ca n'est pas un obstacle majeur, puisque l'homme s'adapte, et ce depuis quelques milliers d'années déjà. Par contre, ce qui n'est pas toujours pris en compte, c'est le stress induit par ces bouleversements. Stress qui peut influer sur la qualité du travail fourni lors de ces dépassements. Surtout lorsqu'ils se répètent.
Il existe aussi un autre syndrôme, beaucoup moins abordé cependant : l'organisation. Certaines personnes ont une capacité de travail énorme et bousculent des montagnes tous les jours. D'autres sont parfois presque dépassées par quelques tâches que la majorité jugera minimes, et ont du mal à les mener à bien dans le cadre du temps qui leur est imparti. Où se trouve le gain ? Dans la compensation mutuelle qui existe au sein d'une entité ? Ou dans l'aide et la formation que l'on pourrait apporter à ces personnes, en leur permettant de progresser et de prendre conscience de leur gestion du temps et du stress en vue de les améliorer ? N'est-ce pas quelque peu barbare de laisser des personnes souffrir dans leurs occupations quotidiennes sous prétexte qu'elles sont (parfois) jugées moins importantes ou moins intelligentes ? Et qui pourrait retirer un gain de telles avancées ? La personne en difficulté qui améliore son rendement, aborde plus sereinement ses tâches et ne les ressent plus comme une contrainte ou celle au-dessus qui pourrait alors avoir confiance en sa production et se recentrer sur ses propres missions ? L'ambiance serait-elle moins bénéfique ? L'entreprise ne profiterait-elle pas d'avancées de ce type ? J'en vois déjà qui grimacent derrière leurs écrans, voir qui pestent devant tant de naïveté et de méconnaissance de l'entreprise et de la gestion des ressources humaines. Pourtant, à bien y réfléchir, le monde du travail n'a cessé d'essayer de progresser. Et pour y parvenir, il a bien fallu réfléchir à de nouveaux modèles, à des fonctionnements différents. On voudrait des employés autonomes, fiables et compétents. Entièremment dévoués à leurs missions, et pas parasités par leur vie extraprofessionnelle. Ok. Alors donnons-nous les moyens d'y penser. On verra bien ensuite si ces idées sont applicables ou non, et si elles ne le sont pas déjà d'ailleurs...
Au-delà de ces considérations, une autre question se pose. Dans quel état une personne qui fait des heures supp' arrive à la retraite ? Est-elle plus fatiguée ? Plus épanouie ? Quels sont les effets induits par un tel développement d'efforts ? Et enfin, sommes-nous tous égaux face à la fatigue, au stress, au quotidien et aux aléas de la vie ? Parce que c'est bien beau de dire "il faut que ceux qui veulent travailler plus le puissent", mais est-on sûr que seuls les volontaires seront entendus ? Que dira-t-on à cet employé dont le voisin de bureau accepte de dépasser ses horaires deux ou trois fois dans le mois, et qui lui ne veut pas ? Qui n'entendra pas un jour le terme de fénéant ou de "fonctionnaire" fuser à ce propos ? A-t-il tout simplement les capacités (résistance physique, nerveuse) de fournir plus d'heures sans subir un contrecoup sans rapport avec les bénéfices financiers qu'il en retire ?
Et dans un registre connexe, que dire de ces personnes qui se pensent strictement indispensables et se démènent à longueur d'année pour une structure qu'elles ne dirigent pas ? Nombre d'entre nous connaissent un exemple représentatif de ce type d'employé, dévoué au point de ne pas compter ses heures, de supporter des déplacements parfois du jour pour le lendemain, de sauter des repas pour "dépanner"... jusqu'à s'entendre refuser ses vacances ou de les prendre selon des délais imposés "ah non hein ! trois semaines c'est pas possible, si t'es fatigué pose un rtt cette semaine, laisse ton portable allumé et tu prendras deux semaines en avril. On compte trop sur toi, tu comprends ?" Personne qui refuse évidemment d'entendre les avis extérieurs car elle considère que cette situation est normale. Voir ne prend jamais de vacances et se fait enguirlander par le comptable qui finit par les lui imposer. Personne qui passera au bureau quoi qu'il en soit pendant ce temps, ou appelera au moins deux fois.
Une cadre me disait un jour à ce sujet : "C'est malsain, comme ceux et celles qui restent au bureau pour faire autre chose après leurs heures. Elles font ça bénévolemment, tout le monde le sait et c'est très humain de leur part. Sauf que ce qu'elles ne voient pas c'est l'habitude qu'elles donnent : on les voit tout le temps, elles arrivent les premières, repartent les dernières. Alors après, la tentation est forte pour les dirigeants d'exiger plus de présence pour le reste du personnel, ils en oublient que si elles sont là, c'est pour autre chose que ce pour quoi elles sont payées."
Alors, employés modèles ou intoxiqués du travail ? Personnes qui manquent de personnalité au point de ne pas savoir dire non ? Celles que je connais n'entrent pas dans ces catégories mais sont au contraire des gens qui savent parfaitement où ils vont. Au détriment de leur santé, leur vie sociale et familiale parfois... Modèle américain objectera-t-on. Faux : nos confrères de l'autre continent considèrent que le travail doit être réalisé dans les temps. Une personne témoignait un jour (source primaire perdue, pardon, je cite de mémoire) : "J'étais restée un peu plus tard pour finir de boucler un dossier et une collègue est venue me voir, toute peinée, pour savoir ce qui n'allait pas dans mon organisation et me proposer son aide." Intéressant non ?
Oui, il y a de nombreuses personnes qui veulent travailler en France. Mais avant de dire qu'elles veulent travailler plus, une partie d'entre elles devraient avoir un emploi. Et une certaine stabilité, car qui voudrait s'impliquer dans une boîte quand il ou elle sait que c'est pour un, deux ou six mois ? Et quand bien même on lui ferait miroiter un contrat long ensuite, sur quelles bases devra-t-il/elle négocier ? Celles de 35 heures ou celles du minimum + heures supp' "incluses" ?
Ce qui m'étonne c'est que les cadres, par exemple, subissent un régime où leurs heures ne sont pas comptées. Alors, veulent-ils travailler plus ? J'invite ceux et celles qui seraient surpris par une telle information à la vérifier par le biais d'une recherche sur le statut des cadres. Les différents sondages que j'ai pu lire étaient loin d'annoncer qu'ils oeuvrent 35 heures par semaine.
Et les artisans et commerçants ? Un gérant d'auto-école me confiait, un jour où je lui posais la question : "les 35 heures, ouais, je les fais en 3 jours". Veut-il travailler plus alors qu'il est en activité 6 jours sur 7 ? Qu'il a une famille, un enfant ? Je ne doute pas que certaines personnes aient envie de gagner un salaire plus important. Mais les heures supplémentaires sont-elles une réponse adaptée ? Est-elle appropriée à tous les salariés ? Je renvois pour le coup vers les fonctionnaires et leur statut. Si un fonctionnaire veut gagner plus d'argent, il peut passer un concours interne. Il fera parfois les mêmes tâches, n'aura aucune responsabilité supplémentaire puisqu'il restera dans la même tranche mais un échelon au-dessus. Et aura un bonus dont ne disposera pas son collègue, qui lui fournit des prestations strictement similaires mais n'a pas réussit le concours ou ne l'a pas présenté. Pour contrebalancer cette vue un peu brusque, je rappelle aussi que ces personnes ne discutent pas de leur augmentation chaque année : leur salaire est indexé sur une grille. Et que dire des vacataires et des situations qu'ils rencontrent...
Ce qui me choque, c'est de dire "on veut travailler plus (sous-entendu : parce qu'on ne le peut pas)". Je n'ai jamais rencontré, où que j'ai été employée, de dirigeant qui ait refusé que je fasse des heures supplémentaires. Quand je discute autours de moi, personne ne me contredit. Pas même ceux et celles qui sont employées et qui pointent. Parce qu'il est encore possible, malgré ce système, de réguler ses heures (on appelle ça "lisser"). Il se peut que dans certaines entreprises ces questions se posent. Mais la véritable interrogation, à mon sens, n'est pas de savoir si on peut travailler plus, mais quelle valeur ont ces heures. Je m'explique. Chacun d'entre nous est habitué à un rythme de travail, auquel s'ajoute un rythme de vie. Il y a des obligations pour chacun d'entre nous, plus ou moins importantes selon les situations. Et il existe des relais plus ou moins évident (partage des tâches dans les couples et les colocations, aides à la personnes, sous-traitance de sa lessive, son repassage, ses courses etc). Quoi qu'il en soit, finir plus tard ou commencer plus tôt, réduire ou ne pas prendre sa pause déjeuner revient à modifier cet ordre des choses. Donc, en somme, à destructurer un rythme préétabli. Ca n'est pas un obstacle majeur, puisque l'homme s'adapte, et ce depuis quelques milliers d'années déjà. Par contre, ce qui n'est pas toujours pris en compte, c'est le stress induit par ces bouleversements. Stress qui peut influer sur la qualité du travail fourni lors de ces dépassements. Surtout lorsqu'ils se répètent.
Il existe aussi un autre syndrôme, beaucoup moins abordé cependant : l'organisation. Certaines personnes ont une capacité de travail énorme et bousculent des montagnes tous les jours. D'autres sont parfois presque dépassées par quelques tâches que la majorité jugera minimes, et ont du mal à les mener à bien dans le cadre du temps qui leur est imparti. Où se trouve le gain ? Dans la compensation mutuelle qui existe au sein d'une entité ? Ou dans l'aide et la formation que l'on pourrait apporter à ces personnes, en leur permettant de progresser et de prendre conscience de leur gestion du temps et du stress en vue de les améliorer ? N'est-ce pas quelque peu barbare de laisser des personnes souffrir dans leurs occupations quotidiennes sous prétexte qu'elles sont (parfois) jugées moins importantes ou moins intelligentes ? Et qui pourrait retirer un gain de telles avancées ? La personne en difficulté qui améliore son rendement, aborde plus sereinement ses tâches et ne les ressent plus comme une contrainte ou celle au-dessus qui pourrait alors avoir confiance en sa production et se recentrer sur ses propres missions ? L'ambiance serait-elle moins bénéfique ? L'entreprise ne profiterait-elle pas d'avancées de ce type ? J'en vois déjà qui grimacent derrière leurs écrans, voir qui pestent devant tant de naïveté et de méconnaissance de l'entreprise et de la gestion des ressources humaines. Pourtant, à bien y réfléchir, le monde du travail n'a cessé d'essayer de progresser. Et pour y parvenir, il a bien fallu réfléchir à de nouveaux modèles, à des fonctionnements différents. On voudrait des employés autonomes, fiables et compétents. Entièremment dévoués à leurs missions, et pas parasités par leur vie extraprofessionnelle. Ok. Alors donnons-nous les moyens d'y penser. On verra bien ensuite si ces idées sont applicables ou non, et si elles ne le sont pas déjà d'ailleurs...
Au-delà de ces considérations, une autre question se pose. Dans quel état une personne qui fait des heures supp' arrive à la retraite ? Est-elle plus fatiguée ? Plus épanouie ? Quels sont les effets induits par un tel développement d'efforts ? Et enfin, sommes-nous tous égaux face à la fatigue, au stress, au quotidien et aux aléas de la vie ? Parce que c'est bien beau de dire "il faut que ceux qui veulent travailler plus le puissent", mais est-on sûr que seuls les volontaires seront entendus ? Que dira-t-on à cet employé dont le voisin de bureau accepte de dépasser ses horaires deux ou trois fois dans le mois, et qui lui ne veut pas ? Qui n'entendra pas un jour le terme de fénéant ou de "fonctionnaire" fuser à ce propos ? A-t-il tout simplement les capacités (résistance physique, nerveuse) de fournir plus d'heures sans subir un contrecoup sans rapport avec les bénéfices financiers qu'il en retire ?
Et dans un registre connexe, que dire de ces personnes qui se pensent strictement indispensables et se démènent à longueur d'année pour une structure qu'elles ne dirigent pas ? Nombre d'entre nous connaissent un exemple représentatif de ce type d'employé, dévoué au point de ne pas compter ses heures, de supporter des déplacements parfois du jour pour le lendemain, de sauter des repas pour "dépanner"... jusqu'à s'entendre refuser ses vacances ou de les prendre selon des délais imposés "ah non hein ! trois semaines c'est pas possible, si t'es fatigué pose un rtt cette semaine, laisse ton portable allumé et tu prendras deux semaines en avril. On compte trop sur toi, tu comprends ?" Personne qui refuse évidemment d'entendre les avis extérieurs car elle considère que cette situation est normale. Voir ne prend jamais de vacances et se fait enguirlander par le comptable qui finit par les lui imposer. Personne qui passera au bureau quoi qu'il en soit pendant ce temps, ou appelera au moins deux fois.
Une cadre me disait un jour à ce sujet : "C'est malsain, comme ceux et celles qui restent au bureau pour faire autre chose après leurs heures. Elles font ça bénévolemment, tout le monde le sait et c'est très humain de leur part. Sauf que ce qu'elles ne voient pas c'est l'habitude qu'elles donnent : on les voit tout le temps, elles arrivent les premières, repartent les dernières. Alors après, la tentation est forte pour les dirigeants d'exiger plus de présence pour le reste du personnel, ils en oublient que si elles sont là, c'est pour autre chose que ce pour quoi elles sont payées."
Alors, employés modèles ou intoxiqués du travail ? Personnes qui manquent de personnalité au point de ne pas savoir dire non ? Celles que je connais n'entrent pas dans ces catégories mais sont au contraire des gens qui savent parfaitement où ils vont. Au détriment de leur santé, leur vie sociale et familiale parfois... Modèle américain objectera-t-on. Faux : nos confrères de l'autre continent considèrent que le travail doit être réalisé dans les temps. Une personne témoignait un jour (source primaire perdue, pardon, je cite de mémoire) : "J'étais restée un peu plus tard pour finir de boucler un dossier et une collègue est venue me voir, toute peinée, pour savoir ce qui n'allait pas dans mon organisation et me proposer son aide." Intéressant non ?
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